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Les 5 raisons pourquoi on ne se lance pas en affaires

  • Writer: Eric Hamelin
    Eric Hamelin
  • 4 hours ago
  • 9 min read

Ça fait maintenant plus de 20 ans que j’entreprends.


J’ai lancé des bars, des restos, une agence numérique et une académie pour entrepreneurs. J’ai connu des projets qui ont vraiment bien marché, d’autres… heeeeeeuuu moins bien,  certains que, disons-le, je ne referais vraiment pas de la même façon aujourd’hui.


J’ai cofondé les bars Chez Baptiste, l’agence Akufen et, plus récemment, Big Bang Académie. Et depuis près de huit ans, j’accompagne aussi des entrepreneurs en coaching, souvent à cette période un peu weird où tu as une idée, beaucoup d’ambition, un fichier Excel quelque part… mais pas encore vraiment d’entreprise.


Après toutes ces années, il y a quelque chose qui me fascine : je vois toujours les mêmes patterns. Les projets changent. Les industries changent. Les ambitions changent. Mais les blocages? Toujours pas mal les mêmes. Je rencontre régulièrement des gens brillants, allumés, avec de très bonnes idées, qui restent pourtant bloqués sur la ligne de départ pendant des mois, des années.


Pas parce que leur idée est mauvaise. Mais parce qu’entre « j’aimerais vraiment partir quelque chose »  et « OK, f*** it, je me lance », il existe tout un univers de peurs, de croyances limitantes et d’excellentes raisons qu’on arrive à se raconter pour ne pas bouger. Et notre cerveau est particulièrement créatif quand vient le temps de nous convaincre de ne pas faire quelque chose qui nous fait peur.


Voici donc les cinq classiques que je croise le plus souvent :


1. « Je ne suis pas encore prêt. »


Ah, celle-là. Le grand classique.


« Je vais me lancer quand mon offre sera plus claire. », « Quand mon site sera terminé. », « Quand j’aurai plus d’expérience. », « Quand mon plan d’affaires sera finalisé. », « Quand j’aurai trouvé le bon partenaire. »


Bref : quand je serai prêt. Guess what? Ce moment-là n’arrive à peu près jamais.

J’ai jamais démarré une entreprise en ayant toutes les réponses. Ni Chez Baptiste. Ni Akufen. Ni Big Bang Académie.


Et quand je regarde en arrière, une bonne partie de ce que je sais aujourd’hui sur l’entrepreneuriat, je l’ai appris après avoir dit oui à des affaires que je ne savais pas encore exactement comment faire. C’est inconfortable, oui, mais c’est aussi pas mal ça, entreprendre. Évidemment qu’il faut faire ses devoirs. Réfléchir. Valider son idée. Faire des calculs. Regarder son marché. Comprendre dans quoi on s’embarque. Mais il arrive un moment où « je me prépare » devient simplement une façon très sophistiquée et socialement acceptable de dire : « J’ai peur de commencer. »


Ton PowerPoint peut toujours être meilleur. Ton site peut toujours être plus beau. Ton offre peut toujours être peaufinée. Mais à un moment donné, il faut peser sur le piton. Tu n’as pas besoin d’être prêt à 100 %. Tu dois juste être assez prêt pour faire le prochain pas. Le reste, tu vas l’apprendre en chemin. Comme tout le monde.


Comme le mentionne si bien Jean-François Ouellette dans la formation Big Bang Académie, « Get the F*** out! » Test ton idée et va chercher du feedback. C’est la meilleure façon de valider ton offre.


2. « Et si ça marche pas? »


Ben oui. Et si ça ne marche pas? C’est probablement LA question qui garde le plus de projets dans les notes d’un iPhone. Parce qu’on ne craint pas seulement de perdre de l’argent. On a peur de se tromper. De perdre la face (Communément appelé l’ÉGO ;)) D’avoir annoncé notre super projet à tout le monde pour finalement devoir expliquer six mois plus tard que… finalement… ça n’a pas marché comme prévu.


Je connais ça. J’ai eu de beaux succès en affaires. J’ai aussi mangé quelques murs. J’ai pris de mauvaises décisions. J’ai investi dans des choses qui n’ont pas fonctionné. J’ai perdu de l’argent. J’ai perdu du temps. J’ai mis énormément d’énergie dans certains projets pour réaliser plus tard que j’aurais probablement dû tirer la plug beaucoup plus tôt. Sur le coup, c’est rarement le fun. Mais avec les années, ma définition de l’échec a énormément changé. Aujourd’hui, un projet qui ne fonctionne pas me donne surtout une information : Cette offre-là, pour ces gens-là, présentée de cette façon-là, à ce moment-là… ça ne marche pas.


OK. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait avec ça? Parce que le bon entrepreneur n’est pas celui qui possède un espèce de pouvoir mystique lui permettant de prendre uniquement de bonnes décisions. Le bon entrepreneur développe plutôt sa capacité à tester, se planter, comprendre pourquoi, ajuster et repartir. Et idéalement, à se planter de moins en moins ;). Si t’attends d’avoir la certitude que ton projet va fonctionner avant de te lancer, j’ai une mauvaise nouvelle : personne ne va pouvoir te donner cette garantie-là. Jamais.


3. « Mon idée n’est pas encore assez bonne. »


Ça aussi, je le vois constamment. Des entrepreneurs tqui ombent complètement amoureux de leur idée avant même d’avoir parlé à un seul client. Pendant des mois, ils travaillent sur le concept Le nom. Le logo. Le branding. Le site. Le pitch. La couleur du bouton « Acheter ». Tout est réfléchi. Tout est peaufiné. Tout est beau… Manque juste un petit détail : savoir si quelqu’un veut réellement acheter leur affaire. Personnellement, je préfère l’approche inverse.


Sors ton idée de ta tête au plus sacrant. Parle-en. Montre-la. Teste-la. Laisse les gens la challenger. Essaie de la vendre. Et surtout, demande-toi si les gens sont prêts à sortir leur carte de crédit pour l’avoir. Parce qu’il y a une différence assez importante entre quelqu’un qui te dit : « Wow! C’est vraiment une bonne idée! » et quelqu’un qui te dit : « Où est-ce que je paie? » Big Bang Académie s’est énormément construite comme ça. On avait une vision forte : créer une école d’entrepreneur pratique et terrain, bâtie par des entrepreneurs pour des entrepreneurs.


Mais le BBA d’aujourd’hui n’est pas apparu magiquement autour d’une table avec quatre cofondateurs qui avaient soudainement tout compris. On a parlé à des entrepreneurs. On a testé. On a lancé. On a écouté. On a changé des affaires. On en a gardé d’autres.

Et on continue encore aujourd’hui. Parce qu’une idée ne devient pas meilleure juste parce que tu y penses plus longtemps sous la douche. Elle devient meilleure quand elle se frotte au vrai monde.


4. « J’ai pas assez d’argent. »


OK. Celle-là est un peu différente. Parce qu’elle peut être 100 % vraie. Certaines entreprises coûtent cher à démarrer. Ouvrir un bar ou un restaurant , j’peux t’en parler, ce n’est pas exactement la même game financière que de partir une entreprise de services avec un laptop, une connexion Internet et trois cafés.


Mais derrière « j’ai pas assez d’argent », il y a souvent une autre question beaucoup plus intéressante : « Est-ce que je peux trouver une façon de commencer avec ce que j’ai? »

Parce qu’on fait souvent l’erreur d’imaginer notre entreprise dans sa version finale. Le beau local. L’équipe complète. Le produit parfait. Le branding sua coche. Le site Web. Le CRM. Le beau bureau avec les plantes qu’on voit sur Instagram.


Mais ton entreprise à six mois de vie a pas besoin de ressembler à ton entreprise à cinq ans de maturité. Faque oublie le million deux secondes. Comment tu fais ton premier 1 000 $? Comment tu trouves tes cinq premiers clients? Quelle est la plus petite version de ton idée que tu peux mettre devant de vraies personnes? Qu’est-ce que tu peux tester avant d’investir 50 000 $?


Avec les années, j’ai réalisé qu’un manque de ressources peut parfois être une contrainte extrêmement saine. Parce que ça t’empêche de mettre du beau crémage partout avant même de savoir si tu as un gâteau en dessous. Ça te ramène à la question la plus fondamentale en affaires : Est-ce que quelqu’un est prêt à payer pour ce que je propose? Je l’sais, je me répète mais c’est tellement essentiel à comprendre! Avant de chercher 100 000 $ pour financer ton idée, ça vaut peut-être la peine de vérifier si quelqu’un est prêt à te donner 100 $ pour l’acheter.


5. « Je ne suis pas un entrepreneur. »


Celle-là, je l’aime particulièrement. Parce qu’on a réussi collectivement à construire une image complètement caricaturale de l’entrepreneur. Le gars  (parce que c’est souvent un gars dans cette caricature-là) qui se lève à 4 h 47. Qui médite. Qui prend un bain de glace. Qui lit 47 livres par année. À 6 h 15, il a déjà couru 12 kilomètres et répondu à ses courriels. Charismatique, visionnaire, excellent vendeur, naturellement confiant et probablement sur le bord de lancer un podcast.


Bref. Après plus de 20 ans dans ce milieu, je peux vous confirmer quelque chose : les entrepreneurs ne sont vraiment pas tous faits sur le même moule. Et tant mieux :)

J’ai rencontré des entrepreneurs introvertis. Des extravertis. Des créatifs. Des ultra-cartésiens. Des fonceurs. Des anxieux. Des excellents vendeurs. Des vendeurs épouvantables. Des gens qui semblent avoir une confiance inébranlable. Et d’autres qui se demandent encore chaque mardi matin si quelqu’un va finir par découvrir qu’ils improvisent une partie de tout ça. Spoiler alert : on improvise tous un peu.


Ce qui unit les entrepreneurs que je respecte n’est pas une personnalité particulière. C’est leur capacité à avancer malgré l’incertitude. Quand j’ai commencé à entreprendre, je n’avais certainement pas tous les outils que j’ai aujourd’hui. Finance. RH. Gouvernance. Marketing. Opérations. Leadership.


J’ai appris. Parfois avec un mentor. Parfois dans un livre. Parfois en posant des questions. Et parfois en me plantant royalement. Mais j’ai appris. C’est probablement une des choses les plus importantes que j’essaie aujourd’hui de transmettre aux entrepreneurs que j’accompagne : T’as pas besoin de devenir entrepreneur avant de te lancer. C’est en entreprenant que tu le deviens. Oh que c’est beau!


EN BONUS : « Es-tu vraiment sûr que c’est une bonne idée? »


Bon j’avais dit 5 raisons mais il m’en vient une autre soudainement. Une peur dont on parle beaucoup moins. La peur des autres.


Ou, plus précisément, la peur des autres qu’on finit par absorber comme si c’était la nôtre. Annonce à ton entourage que tu songes à quitter une bonne job pour lancer une entreprise et regarde ce qui se passe. Soudainement, ton beau-frère devient consultant en stratégie. « Es-tu sûr que c’est le bon moment? », « L’économie est quand même bizarre… », « T’as une bonne job, pourquoi tu ferais ça? », « Il y en a déjà beaucoup qui font ça, non? » Et mon préféré : « Moi, à ta place… »


La plupart du temps, ces commentaires viennent de gens qui nous aiment sincèrement. Ils veulent nous protéger. Mais il y a quelque chose qu’on oublie : les gens nous conseillent à partir de leur propre tolérance au risque. De leur vécu. De leur rapport à l’argent. De leurs expériences. Et surtout, de leurs propres peurs. Je l’ai vécu plusieurs fois dans mon parcours. Quand tu quittes quelque chose de confortable, que tu investis dans une idée qui n’existe pas encore ou que tu prends un chemin que les gens autour de toi ne comprennent pas nécessairement, tu deviens malgré toi un espèce de miroir.

Et parfois, non ,souvent, ce que tu fais confronte les autres à ce qu’eux-mêmes n’oseraient peut-être jamais faire. Ça ne veut surtout pas dire qu’il faut arrêter d’écouter les autres. Au contraire. Un entrepreneur qui pense tout savoir risque simplement de prendre des leçons extrêmement coûteuses.


Mais il faut apprendre à se poser une question : Est-ce que cette personne me partage une expérience qui peut réellement m’aider à prendre une meilleure décision… ou est-ce qu’elle est simplement en train de me transmettre sa propre peur?


Avec les années, j’ai appris à faire beaucoup plus attention à qui je demande conseil. Si je veux savoir ce que ça implique d’ouvrir un bar, je vais parler à quelqu’un qui en a ouvert un. Si je veux comprendre ce que ça implique de bâtir une entreprise, je vais parler à quelqu’un qui en a bâti une. Parce qu’à force d’écouter les peurs des autres, elles peuvent tranquillement devenir les nôtres. Et les gens qui t’aiment vont souvent vouloir te protéger du risque (allo maman). Le problème, c’est qu’entreprendre, c’est justement apprendre à décider quels risques valent la peine d’être pris.


Au fond, on a tous peur de la même affaire. Quand je regarde mon propre parcours et les centaines de conversations que j’ai eues avec des entrepreneurs depuis huit ans, je réalise que derrière tous ces blocages se cache pas mal toujours la même chose : On aimerait éliminer l’incertitude avant de passer à l’action. Avoir la preuve. La garantie. Le petit papier officiel qui dit : « Vas-y mon chum. Ton idée va marcher. Aucun risque. Promis. » Malheureusement, ce papier-là n’existe pas. L’entrepreneuriat fonctionne plutôt dans l’autre sens. Tu fais quelque chose. Tu regardes ce qui arrive. Tu apprends. Tu ajustes. Pis tu recommences.


C’est d’ailleurs une des grandes raisons pour lesquelles on a créé Big Bang Académie. Avec mes cofondateurs, on ne voulait surtout pas créer une formation qui promettrait aux entrepreneurs LA recette magique du succès. Parce que si quelqu’un essaie de te vendre ça, garde ta carte de crédit dans tes poches. On voulait plutôt créer un endroit où des entrepreneurs peuvent accéder aux outils, aux connaissances et surtout à l’expérience d’autres personnes qui sont passées par là. Pas pour éviter toutes les erreurs. Mais peut-être pour éviter deux ou trois murs dans lesquels nous, on a déjà foncé à pleine vitesse.


Après plus de 20 ans à entreprendre et près de huit ans à accompagner des entrepreneurs, ma conviction est finalement assez simple : La plupart des gens n’ont pas besoin d’une meilleure idée pour se lancer. Ils ont surtout besoin d’accepter qu’ils n’auront jamais toutes les réponses. Faque si tu attends le bon moment, le plan parfait, plus d’argent, une meilleure idée ou cette mystérieuse poussée de confiance qui va soudainement te faire sentir comme un « vrai entrepreneur »… Tu risques d’attendre longtemps. Commence petit. Teste une affaire. Parle à un client. Essaie de vendre quelque chose. Fais ton premier 100 piasses. Puis ton premier 1 000. Et vois où ça te mène.Parce qu’entre les gens qui rêvent un jour de se lancer en affaires et ceux qui finissent réellement par le faire, la différence est souvent beaucoup moins spectaculaire qu’on pense.


À un moment donné, quelqu’un a juste décidé de commencer.

 
 
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